EcoWeek

Coronavirus : évaluer les conséquences économiques

Eco week 20-06 // 14 février 2020  
economic-research.bnpparibas.com  
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ÉDITORIAL  
CORONAVIRUS : ÉVALUER LES CONSÉQUENCES ÉCONOMIQUES  
Chiffrer les conséquences du coronavirus est un énorme défi. On peut les quantifier sur certains sujets grâce à un  
niveau satisfaisant de visibilité : répercussions internationales du choc de demande ou encore augmentation globale  
de l'incertitude. La visibilité relative aux effets des ruptures d’approvisionnement est beaucoup plus faible. La visi-  
bilité des impacts sur la Chine est encore moindre. À court terme, la différence entre la prévision consensuelle et le  
résultat devrait être supérieure à la normale. Cependant, si le pic de l'épidémie est atteint rapidement, la visibilité  
devrait s'améliorer très vite et donc soutenir la confiance.  
Eu égard au poids de la Chine dans l’économie mondiale, l’évaluation La tâche n’est guère plus facile concernant le choc de la demande en  
des conséquences du coronavirus pour la croissance économique est Chine. Le produit régional brut de la province de Hubei, l’épicentre de  
d’une importance capitale, mais c’est aussi une tâche redoutable. En l’épidémie, représente 4,2 % du produit national. En partant de l’hypo-  
effet, nous ne disposons pas encore de données macroéconomiques thèse réaliste d’une contraction significative de l’activité, l’on aboutit  
depuis l’apparition de l’épidémie. Les répercussions liées à la rupture à un impact non négligeable sur le pays dans son ensemble, auquel il  
des chaînes d’approvisionnement constituent une source de complexité convient d’ajouter les effets indirects sur les autres régions : une chute  
supplémentaire. Vient ensuite le rôle de facteurs psychologiques : dans de la demande dans la province de Hubei va entraîner une diminution  
quelle mesure la chute de la confiance va-t-elle affecter les dépenses, des achats de biens et de services produits dans le reste du pays. Les  
en Chine comme dans le reste du monde? À cet égard, les signaux effets d’une baisse de la confiance devraient également freiner les dé-  
envoyés par les marchés financiers n’apportent pas un grand éclai- penses dans l'ensemble du pays.  
rage. L’épidémie a provoqué un recul très passager à Wall Street et  
le S&P500 a atteint de nouveaux plus hauts historiques. Les indices  
européens ont aussi affiché de bonnes performances. Cela traduit  
probablement l’idée selon laquelle le choc est très temporaire avec  
ÉVOLUTION DES MARCHÉS  
des conséquences, en moyenne, assez limitées, pour les entreprises  
américaines et européennes. À l’évidence, il en va tout autrement des  
Indice 01/01/2020 = 100  
entreprises chinoises : l’indice de Shanghai est toujours aussi déprimé  
par rapport à son niveau antérieur à la crise. Sans doute la psychologie  
des investisseurs privés joue également un rôle. Le plongeon des cours  
des matières premières (pétrole, cuivre) traduit l’anticipation d’un fort  
repli de la demande, chinoise essentiellement, mais cela ne nous in-  
forme guère sur les impacts que cela aura dans le reste du monde. Les  
rendements des Treasuries ont rebondi, tout en restant en-deça du  
niveau d’avant la crise. Les investisseurs en obligations et en actions  
n’ont donc pas exactement la même appréciation des perspectives de  
croissance, même si l’anticipation d’un geste de la Fed sur les taux, en  
cas de besoin, pourrait également jouer un rôle.  
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05  
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2,0  
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S&P500  
Eurostoxx50  
Shanghai SE  
Cuivre ( LME)  
Prix du Brent  
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5
Comme nous l’indiquions dans le dernier numéro d’Ecoweek, l’épidé-  
mie combine chocs de demande, d’offre et de confiance. L’évaluation  
du choc d’offre est d’autant plus difficile compte tenu du manque de  
données. Ce choc dépend de l’organisation spécifique des chaînes de  
1,1  
Rendement des bons du Trésor américain à 10ans [é.d.] 1,0  
11/01/20 21/01/20 31/01/20 10/02/20  
80  
01/01/20  
valeur, à l’échelle de chaque entreprise, du niveau des stocks, ainsi  
que de l(im)possibilité de trouver des sources dapprovisionnement1  
SOURCES : DATASTREAM, THOMSON REUTERS, BNP PARIBAS  
alternatives. Certaines informations font état d’un impact considérable  
lié aux ruptures des chaînes d’approvisionnement.  
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Alibaba chief blames spread of virus for disruption to staffing and deliveries, Financial  
Times, 14 février 2020.  
Certaines conséquences du coronavirus sont quantifiables : retombées internationales  
du choc de demande, répercussions de l'augmentation mondiale de l'incertitude.  
La visibilité est beaucoup plus faible en ce qui concerne les effets des ruptures  
d'approvisionnement et, plus encore, l'impact sur la Chine.  
La banque  
d’un monde  
qui change  
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ÉDITORIAL  
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Concernant les répercussions internationales, une étude du FMI montre qu’une baisse de la croissance chinoise de 1 % se traduit par un repli  
de 0,2 %2 de la croissance de l’Union européenne à moyen terme. Le chiffre pour les Etats-Unis devrait même être plus négatif . Pour l’Afrique  
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subsaharienne, cet impact est de -0,7 %, pour l’Asie, il est d’environ -0,3 % et pour l’Amérique latine et les Caraïbes de -0,4 % . Il y aussi l’impact  
lié à la hausse significative de l’incertitude. Du point de vue de l’analyse, cela pose deux défis : l’évaluation de cette hausse et l’estimation de son  
impact. Concernant le premier de ces défis, une étude récente de la BCE 5 montre le développement de l’incertitude économique et commerciale  
depuis le milieu des années 1990. Elle permet d’évaluer l’impact de certains événements (le 11 septembre, la guerre en Irak, la crise de la dette  
souveraine dans la zone euro, etc.) sur l’incertitude. À l’exception de la faillite de Lehman Brothers, les chocs correspondent pour la plupart à une  
variation de la mesure de l’incertitude d’environ un écart-type. À l’évidence, cela ne nous dit pas où se situe l’épidémie de coronavirus sur cette  
échelle, mais cela permet d’établir une comparaison, très subjective, il faut bien l’admettre. La montée de l’incertitude dépendra manifestement  
de l’exposition économique. Par conséquent, elle sera bien plus forte en Chine qu’en Europe. Dans l’hypothèse d’un choc de confiance temporaire  
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d’un écart-type pour la zone euro, l’impact maximum sur la croissance devrait être d’environ -0,3 % .  
Pour conclure, sur certains sujets, nous avons un niveau de visibilité satisfaisant de l'ordre de grandeur: conséquences internationales du choc de  
demande, répercussions de l'augmentation globale de l'incertitude. La visibilité est beaucoup plus réduite concernant les effets des ruptures d'ap-  
provisionnement. C'est encore plus le cas pour l'impact sur la Chine. Cela signifie qu'à court terme, les surprises des données économiques - la  
différence entre la prévision consensuelle et le résultat - devraient être supérieures à la normale, ce qui devrait être une source de volatilité  
du marché. Cela pourrait même pousser les entreprises à adopter une attitude attentiste jusqu'à ce que la situation s’éclaircisse. Si le pic de  
l'épidémie est atteint rapidement, cela devrait améliorer la visibilité de l'évolution de la demande et de l'activité et donc soutenir la confiance.  
William De Vijlder  
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China spillovers. New Evidence from Time-Varying Estimates, Davide Furceri, João Tovar Jalles et Aleksandra Zdzienicka, FMI, Spillover, Note 7, 2016  
Ceci est basé sur une autre étude du FMI qui calcule l’impact sur le niveau des exportations d’un choc de demande de 1% en Chine. Pour les Etats-Unis, ils obtiennent un chiffre de 0,4%,  
en ligne avec celui de l ’A llemagne et inférieur au résultat pour l’UE (Spillover implications of China’s Slowdown for International Trade, Patrick Blagrave et Esteban Vesperoni, IMF Spillover  
Note 4, 2016).  
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Ceci est lié aux exportations de matières premières (effet prix et effet volume).  
Encadré 1. Suivre l’incertitude économique mondiale : répercussions sur l’investissement et le commerce au niveau mondial, Bulletin économique de la BCE n° 1 2020. Les mesures de  
l’incertitude économique par la BCE se fondent sur les erreurs de prévision liées aux modèles pour une large sélection de variables économiques concernant seize partenaires commerciaux  
de la zone euro, qui, ensemble, représentent environ 70 % du PIB mondial.  
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Encadré I.1 : The economic impact of uncertainty assessed with a BVAR model, Commission européenne, Prévisions économiques du printemps 2017.  
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QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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