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EcoEmerging// 2 trimestre 2019  
economic-research.bnpparibas.com  
Nigéria  
Le moteur reste grippé  
Le Nigéria se relève difficilement du choc pétrolier de 2014. Si l’économie est sortie de récession, la croissance demeure faible  
1,9% en 2018) et ce n’est pas la récente décision de la banque centrale d’abaisser son taux directeur qui devrait changer la donne.  
(
Compte tenu de l’inflation élevée, il est encore trop tôt pour anticiper la poursuite de l’assouplissement de la politique monétaire. La  
défense du peg alors que la stabilité des comptes externes reste encore fragile constitue une contrainte supplémentaire. Entre  
envolée des intérêts de la dette et faible mobilisation des ressources publiques, les marges de manœuvre budgétaires sont  
également réduites. Difficile donc d’entrevoir un redressement rapide de l’économie, à moins d’une intensification des réformes.  
Le début d’année a été marqué par la tenue des élections  
1- Prévisions  
présidentielles les 23 et 24 février. Alors que l’on s’attendait à un  
scrutin serré, le président sortant, Muhammadu Buhari, a obtenu  
une victoire assez nette avec 56% des suffrages contre 41% pour  
son principal opposant. Peu après, les autorités monétaires ont  
abaissé le taux directeur de 50 points de base (pb). Si les  
évènements n’ont en apparence aucun lien entre eux, la décision de  
la banque centrale pourrait cependant indiquer une réorientation  
des objectifs de la politique économique vers plus de soutien à la  
croissance après un premier mandat essentiellement centré sur le  
renforcement de la stabilité des comptes extérieurs. Mais les  
marges de manœuvre sont étroites. Surtout, sans réformes  
structurelles la reprise sera timide.  
2017 2018 2019e 2020e  
PIB réel, variation annuelle, %  
Inflation, IPC, var. annuelle, %  
Solde budgétaire, % du PIB  
0,8  
16,5  
-5,3  
1,9  
12,1  
-4,9  
2,2  
2,5  
11,5  
-4,7  
11,0  
-4,0  
Dette des adm. publiques, % du PIB  
Balance courante, % du PIB  
18,9  
2,8  
21,3  
1,2  
23,7  
1,5  
25,3  
1,1  
Dette externe, % du PIB  
19,4  
39,6  
19,8  
42,9  
18,9  
46,1  
17,8  
48,9  
Réserves de change, mds USD  
Réserves de change, en mois d'imports  
Taux de change USDNGN (fin d'année)  
9,3  
7,2  
8,4  
8,2  
305  
305  
305  
305  
e: estimations et prévisions BNP Paribas Recherche Economique Groupe  
Baisse du taux directeur : une mesure symbolique  
2- Variables monétaires  
La Banque centrale du Nigéria (CBN) a surpris en décidant fin mars  
de baisser le taux directeur de 14% à 13,5%, une première depuis  
juillet 2016. De fait, l’inflation, bien que stable à 11%, se situe en  
dehors de la cible de 6-9% fixée par les autorités monétaires.  
L’inflation risque même de repartir à la hausse après l’augmentation  
du salaire minimum des fonctionnaires de NGN 18 000 actuellement  
Taux directeur  Inflation (g.a.)  Taux interbancaires (MM3)  
▪▪▪ Rendement des bons du Trésor à 12 mois  
%
40  
35  
30  
(
USD 60 au taux de change officiel) à NGN 30000 (USD 98). La  
portée de cette mesure reste difficile à mesurer tant les écueils à  
son application sont nombreux, à commencer par la situation  
financière très délicate de nombreux Etats.  
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Selon le gouverneur de la CBN, l’assouplissement de la politique  
monétaire est censé relancer l’activité économique en stimulant le  
crédit bancaire. Mais à ce stade, cette décision nous apparaît avant  
tout comme symbolique. D’une part, la CBN pilote essentiellement  
la gestion de la liquidité via des émissions de titres. Depuis 2016,  
les taux interbancaires sont ainsi régulièrement supérieurs au taux  
directeur, ce qui réduit les signaux envoyés par ce dernier. D’autre  
part, les canaux de transmissions à l’économie réelle sont limités.  
Le Nigéria est non seulement peu bancarisé mais le choc pétrolier a  
aussi fragilisé un système financier qui n’a pas encore achevé sa  
phase de correction. La croissance du crédit au secteur privé était  
toujours négative à fin février 2019 (-2,6%). Les indicateurs de  
solidité financière ont commencé à s’améliorer mais ils restent  
encore dégradés. En particulier, le ratio de créances douteuses  
demeure élevé, à 12,4% contre 3% à fin 2014.  
10  
5
0
2014  
2015  
2016  
2017  
2018  
2019  
Source : Banque centrale  
s’ajoute une autre contrainte. Les titres émis par la CBN sont  
détenus à presque 30% par des non-résidents, ce qui implique de  
maintenir des rendements suffisamment élevés pour asseoir leur  
attractivité. La brutale remontée des taux à court terme  
interbancaires, bons du Trésor) au second semestre 2018 est en  
effet venue rappeler à quel point la situation macro-financière du  
(
Nigéria demeurait fragile.  
 Stabilité macroéconomique : encore fragile  
Dans un tel contexte d’aversion au risque des banques, une  
politique monétaire plus accommodante sera sans doute nécessaire  
pour avoir des effets. Mais aux pressions inflationnistes latentes  
Le rééquilibrage des comptes extérieurs a subi un coup d’arrêt en  
2018. En plus d’une contraction significative de l’excédent du  
compte courant (1,2% du PIB en 2018 contre 2,8% en 2017) en  
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raison d’une envolée des importations de services, le Nigéria a été  
affecté par des sorties massives de capitaux à partir d’avril  
3- Contribution sectorielle à la croissance  
(
USD 9 mds selon le FMI) dont les effets n’ont été que partiellement  
amortis par une nouvelle émission euro-obligataire en novembre  
USD 2,86 mds) après celle de février (USD 2,5mds). Les réserves  
 Primaire  Secondaire  Tertiaire  Croissance du PIB (g.a.)  
8 %  
(
de change ont ainsi diminué de 10% sur les 9 derniers mois de  
l’année, concluant 2018 sur une quasi-stabilité alors qu’elles avaient  
doublé entre octobre 2016 et fin 2017.  
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Depuis les élections présidentielles, la pression s’est allégée. Rien  
que sur le mois de mars, les réserves de change ont repris  
USD 2mds. La baisse de 100 pb des taux des bons du Trésor à 1  
an atteste d’un retour des investisseurs étrangers sur le marché de  
la dette. En levant les incertitudes sur l’évolution du naira, la victoire  
de M. Buhari semble avoir été décisive dans ce regain d’attractivité.  
Le système actuel fait coexister plusieurs taux de change dont les  
cours sont stables contre le dollar. L’écart est de 20% entre le taux  
officiel, fixé à NGN/USD 305 (utilisé pour les importations de  
produits pétroliers et le service de la dette extérieure), et le taux  
NAFEX qui oscille autour de NGN/USD 360 (70-80% des  
transactions commerciales et financières). Malgré les distorsions  
que cela implique, le président Buhari et le gouverneur de la CBN  
ne sont pas favorables à une convergence des taux qui selon eux  
aurait surtout des effets inflationnistes. Par ailleurs, les réserves de  
change demeurent importantes (couvrant 7 mois d’importations de  
biens et services à fin 2018) et le compte courant devrait rester  
légèrement excédentaire. Tout laisse donc à penser que le statu  
quo sera maintenu sur les deux prochaines années.  
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-
2
014  
2015  
2016  
2017  
2018  
Source : NBS  
financement sur le marché domestique à des taux qui resteront  
élevés (pressions inflationnistes, défense du peg). La capacité des  
autorités à avancer sur des projets économiques structurants reste  
ainsi sujette à caution. L’investissement public n’a atteint que 3,3%  
du PIB en 2018, ce qui là encore est extrêmement faible par rapport  
aux autres économies africaines. La nécessité d’assainir les  
finances publiques pourrait même voir ce ratio retomber sous les  
3% à horizon 2020.  
Perspectives de croissance : vers une reprise lente  
Comment, dans un tel contexte, relancer l’activité économique ? Le  
Nigéria est certes sorti de récession en 2017 mais la croissance  
demeure faible à 1,9% en 2018. Sans le net regain de dynamisme  
du secteur des technologies de l’information et de la communication  
à partir du second trimestre, le panorama serait encore plus sombre  
avec une progression du PIB réel de seulement 0,9% contre 1,1%  
en 2017. Le FMI n’entrevoit pas d’amélioration significative. Malgré  
l’apport de 200,000 barils par jour (10% de la production nationale)  
dû à l’entrée en production du champ pétrolier Egina, la croissance  
économique ne se redresserait que timidement pour atteindre 2,5%  
en 2020 avant de se stabiliser par la suite. A ce niveau-là, le PIB  
réel par habitant continuerait de se contracter. Toujours selon le  
FMI, un autre scénario est envisageable. Une intensification des  
réformes pourrait permettre au Nigéria de revenir à son potentiel de  
croissance de 4,5% à moyen terme sous réserve d’une stabilisation  
de l’environnement macroéconomique et externe. La feuille de route  
est connue de longue date et peut se résumer en deux points :  
l’amélioration du climat des affaires, y compris pour le secteur  
pétrolier, et la mise à niveau des infrastructures. Or, sur ces aspects,  
les avancées durant le premier mandat du président Buhari ont été  
limitées.  
Au total, la stabilité des comptes extérieurs, bien qu’encore fragile  
en raison de la proportion de plus en plus élevée des  
investissements de portefeuille dans les flux de capitaux, ne nous  
semble pas menacée à court terme.  
En revanche, les inquiétudes sur la situation des finances publiques  
demeurent fortes. L’incapacité des autorités à améliorer la collecte  
fiscale obère en effet toute perspective de consolidation rapide des  
comptes publics. Tombées à un niveau historiquement bas de 5,6%  
du PIB en 2016, les recettes consolidées de l’Etat au sens large se  
sont quelque peu redressées depuis grâce au rebond des cours du  
pétrole. Néanmoins, elles n’atteignaient que 8,7% du PIB en 2018,  
soit l’un des niveaux les plus faibles en Afrique sub-saharienne. Le  
contexte actuel sur le marché du pétrole ne laisse pas beaucoup  
d’espoir de potentiels gains budgétaires. Or, l’Etat doit aussi faire  
face à d’importantes contraintes financières. Le creusement du  
déficit budgétaire depuis 2014 s’est accompagné d’un  
renchérissement du coût de la dette sur le marché domestique. Les  
charges d’intérêts absorbent désormais plus de 20% des revenus  
du gouvernement contre 9% en 2014. Le gouvernement cherche à  
contourner le problème en sollicitant davantage les marchés  
financiers internationaux. Cette stratégie est en apparence  
cohérente au regard des conditions financières proposées (environ  
6
% contre 15% sur le marché domestique) et du faible niveau de la  
dette publique en devises (5% du PIB) mais elle exposera les  
finances publiques au risque de change. Surtout, avec un déficit  
budgétaire encore supérieur à 4% du PIB en 2019-2020, l’Etat  
devra continuer de couvrir une grande partie de ses besoins de  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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