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EcoPerspectives // 2 trimestre 2018  
economic-research.bnpparibas.com  
Allemagne  
Coup de blues dans l’industrie  
Depuis le milieu de l’année 2018, l’activité économique a quasiment stagné, en grande partie sous l’effet du ralentissement du  
commerce international. Comme le confirment les enquêtes et les statistiques les plus récentes, la contraction du secteur  
manufacturier s’est poursuivie au premier trimestre 2019. Fer de lance de l’économie, ce secteur peut devenir une source de  
vulnérabilité lorsque les vents se font moins porteurs sur les marchés mondiaux. L’Allemagne a toutefois de quoi soutenir sa  
demande. En 2019, le gouvernement redistribuera aux ménages et aux entreprises une partie des excédents budgétaires records  
(
plus de 50 milliards d’euros) de l’année précédente.  
Depuis mi-2018, l’activité économique est restée quasiment étale.  
Dans un premier temps, la situation a été, dans une large mesure,  
attribuée à des facteurs temporaires, tels que l’introduction de la  
nouvelle réglementation sur les gaz d’échappement des voitures.  
Au second semestre 2018, la production automobile était en baisse  
de 7,1 % par rapport aux six mois précédents. De plus, suite à une  
longue période de sécheresse, les eaux du Rhin ont atteint leur plus  
bas niveau historique, perturbant sérieusement le transport de fret  
sur la voie navigable la plus fréquentée d’Europe. L’industrie  
chimique en a particulièrement pâti.  
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- Croissance et inflation  
 Croissance du PIB (%)  
 Inflation (%)  
Prévision  
Prévision  
2,5  
2,2  
1
,9  
1,7  
1,7  
1,4  
1,4  
19  
0
,9  
0,7  
0,3  
Un fléchissement qui n’est pas qu’anecdotique  
Cependant, plus le second semestre avançait et plus il devenait  
évident que le ralentissement ne pouvait s’expliquer uniquement par  
des facteurs temporaires. Les problèmes de l’industrie  
manufacturière peuvent être en grande partie imputés au  
fléchissement du commerce mondial, sur fond de tensions  
commerciales entre les États-Unis et la Chine et d’incertitudes liées  
au Brexit. Au T4, les volumes des échanges internationaux étaient  
en repli de 1 % par rapport au trimestre précédent, en particulier en  
raison d’une nette contraction des importations par les pays  
asiatiques, importants partenaires commerciaux pour l’Allemagne  
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17  
18  
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20  
16  
17  
18  
20  
Source : Comptes nationaux, BNP Paribas  
2- Léger redressement en mars  
Indice du climat des affaires établi par l’Ifo (é.d.)  
Secteur manufacturier Construction --- Services  
40  
110  
106  
102  
98  
Solde d'opinion  
2
015=100  
30  
(
-5,6 %). Les exportations allemandes ont reculé de 0,1 % au  
second semestre.  
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La consommation privée est restée atone au second semestre 2018,  
en dépit de la progression des salaires et de l’emploi, comme du  
niveau de confiance élevé des ménages. Une situation qui peut  
s’expliquer par la hausse des prix de l’énergie et des denrées  
alimentaires, qui a pénalisé le pouvoir d’achat. Par ailleurs, les  
achats d’automobiles ont pu être différés, en raison, du moins en  
partie, de problèmes de production, mais aussi du durcissement de  
la réglementation sur les émissions des véhicules diesel dans  
plusieurs grandes villes allemandes. Résultat, le taux d’épargne a  
régulièrement augmenté au cours de l’année, passant de 10 % au  
T1 2018 à 10,9 % au T4 2018, un niveau inédit depuis la mi-2008.  
10  
0
94  
-10  
90  
2012  
2013  
2014  
2015  
2016  
2017  
2018  
2019  
Source : Ifo  
D’après les enquêtes et les statistiques les plus récentes, la  
décélération de l’industrie manufacturière a persisté au T1 2019. En  
mars, le PMI manufacturier a reculé à 44,1, son niveau le plus bas  
depuis juillet 2012, les carnets de commandes et les nouvelles  
commandes de l’étranger ayant reculé au rythme le plus rapide  
enregistré depuis avril 2009.  
La croissance a principalement été portée par la consommation des  
administrations publiques et les investissements immobiliers, qui ont  
enregistré dans les deux cas une progression de 0,2 % au S2 par  
rapport au premier semestre. L’investissement dans les  
équipements est resté à peu près au même niveau qu’au S1. Sur  
l’ensemble de l’année, il est néanmoins ressorti en hausse de 4,2 %  
par rapport à 2017, soit une nette progression par rapport aux  
années précédentes.  
Par contre, les secteurs dont la production est destinée  
essentiellement au marché intérieur, comme la construction et les  
services, ont envoyé des signaux plus positifs. L’indice Ifo du climat  
des affaires s’est même redressé en mars après six mois  
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consécutifs de baisse, malgré une nouvelle détérioration de la  
composante manufacturière. C’est ce qui explique également  
l’orientation toujours aussi bonne des données sur le marché du  
travail. L’emploi continue de progresser, quoiqu’à un rythme moins  
élevé, tandis que le taux de chômage s’est replié à 3,1 % à peine en  
février, et que les offres d’emplois ont atteint un sommet historique  
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- Productivité du travail et heures travaillées  
croissance annuelle moyenne entre 2012 et 2017  
PIB diminution des heures travaillées productivité  
3
2
1
0
(
807000 en mars).  
Les caisses de l’Etat sont pleines  
Suite à des rentrées fiscales en forte hausse sur fond de robustesse  
de la consommation et de progression des salaires, l’excédent des  
finances publiques s’est élevé à 1,7 % du PIB tandis que la dette  
publique est ressortie à 60,9 % du PIB en 2018. Cela devrait  
permettre au gouvernement de poursuivre sa politique  
expansionniste comme le prévoit l’accord de coalition.  
-1  
-2  
DEU  
ESP  
FRA  
GBR  
ITA  
JAP  
USA  
Sources : OCDE, BNP Paribas  
En 2019, les mesures budgétaires discrétionnaires représenteront  
0
,7 % du PIB. Elles comprendront une revalorisation des pensions  
du pays. Le secteur manufacturier ayant enregistré des gains de  
productivité bien plus élevés que celui des services, l’Allemagne  
affiche de meilleures performances que la plupart des autres  
économies avancées en termes de production par heure travaillée.  
Sur la période 2012-2017, la productivité a augmenté de 0,8 % par  
an en Allemagne, contre 0,6 % par an en France.  
pour les mères de famille (Mütterrente II) et une augmentation des  
dépenses en faveur de la défense, de l’aide au développement, de  
la garde des enfants et de l’investissement. Le budget prévoit, par  
ailleurs, une réduction de l’impôt sur le revenu et le financement de  
la recherche. Le plan de relance, qui représentera 0,4 % du PIB en  
2
020, sera en particulier destiné aux prestations d’assurance-  
maladie et aux allocations familiales. En outre, le seuil d’imposition  
va être relevé et les tranches d’imposition seront augmentées.  
L’excédent budgétaire (en % du PIB) devrait reculer, selon les  
prévisions, à 1,2 % en 2019 et à 1 % en 2020. D’après le Conseil  
allemand des experts économiques (Sachverständigenrat), le déficit  
structurel baissera de 1,7 % en 2018 à 0,7 % en 2019 et 0,4 % en  
L’Allemagne a, par ailleurs, réussi à intégrer dans la population  
active de nombreux travailleurs ayant une faible productivité,  
essentiellement dans le secteur des services. Entre 2012 et 2017, le  
nombre total d’heures travaillées a augmenté d’environ 1 % par an  
en Allemagne, contre 0,6 % en France.  
Il est vrai que bon nombre d’emplois créés sont des emplois à  
temps partiel. Toutefois, grâce aux allocations de revenu, le nombre  
de travailleurs pauvres est resté relativement bas. Le risque de  
pauvreté chez les employés, c’est-à-dire tout individu en emploi  
dont le revenu équivalent disponible du ménage est inférieur à 60%  
du revenu équivalent médian national, a reculé de 10,4 % en 2014 à  
8,7 % en 2017. Parmi les grands pays de l’UE, seule la France  
figurait en meilleure place, avec 7,5 % en 2017. En Italie et en  
Espagne, ce taux s’établissait, respectivement, à 15,5 % et 13,4 %.  
2
020.  
Le ministre des Finances, Olaf Scholz, a déjà annoncé qu’il était  
prêt à utiliser toute la marge de manœuvre budgétaire disponible  
pour stimuler l’économie en cas de crise. Cependant, il est peu  
probable que le gouvernement qualifie de crise le ralentissement  
actuel. De plus, une rupture de l’accord de gouvernement pourrait  
créer de nouveaux remous au sein d’une coalition déjà fragile.  
Solide progression de l’emploi et de la productivité  
Le redressement de l’économie allemande est généralement  
attribué à la mise en œuvre, en 2003-2005, des réformes du  
marché du travail («réformes Hartz»). Dans l’ensemble, ces  
réformes ont donné de bons résultats en termes d’accès au marché  
du travail et d’objectifs d’équité. Cependant, le modèle n’a pas  
encore été testé dans un environnement économique dans lequel  
les emplois se raréfient. Si la décélération économique actuelle se  
transforme en une longue récession, le modèle allemand pourrait  
avoir du mal à atteindre ses objectifs d’équité en l’absence de  
mesures correctrices.  
D’après les indicateurs avancés et les données réelles préliminaires  
ex. commandes d’usines), le ralentissement de la dynamique de  
(
croissance devrait continuer au premier semestre 2019. La  
croissance pourrait se stabiliser vers le milieu de l’année, avec le  
dénouement des tensions et des incertitudes qui pèsent actuellement  
sur le commerce mondial. Nous prévoyons un redressement graduel  
de l’économie par la suite. La croissance du PIB pourrait  
progressivement s’accélérer, de 0,7 % en 2019 à 0,9 % en 2020.  
Par rapport aux autres pays industrialisés, l’Allemagne se distingue  
par un secteur manufacturier relativement important dont la part  
s’élevait en 2017 à 23 % de la valeur ajoutée brute totale, contre  
1
1 % à peine en France. C’est la raison pour laquelle l’économie  
allemande est l’une de celles qui pâtissent le plus du ralentissement  
économique actuel.  
Cependant, la taille importante de l’industrie manufacturière  
allemande est aussi source d’avantages majeurs pour l’économie  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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