Eco Perspectives

Franc suisse : bouclier indéfectible contre l’inflation

22/09/2022
Suisse : croissance et inflation

Après avoir stagné au 1er trimestre 2021, le PIB suisse est en progression continue depuis la reprise post-Covid. Il a même retrouvé son rythme de croissance pré-Covid. Au 2e trimestre 2022, le PIB a enregistré une hausse de +0,3% t/t, porté par le dynamisme de la consommation privée (+1,4% t/t), lui-même soutenu par le rebond de l’activité dans l’hôtellerie-restauration (+12,4% t/t).

Toutefois, le rattrapage n’est pas encore terminé dans ce secteur puisque l’activité reste inférieure de 10% à son niveau d’avant-crise, tout comme dans le secteur des loisirs[1] (-17%). L’investissement reste le seul point noir du côté de la demande intérieure puisqu’il évolue toujours à un niveau inférieur à celui qui prévalait fin 2019, pénalisé par l’investissement dans la construction, qui se situe 6,4% en dessous son niveau d’avant-crise.

Inflation, prix à la production, taux directeur

La Suisse ne devrait pas être épargnée par le ralentissement économique mondial au 2e semestre 2022, mais le pays échapperait à la récession. La croissance atteindrait 2,5% cette année, puis ralentirait à 1,3% en 2023 selon l’OCDE. Les indicateurs avancés envoient des signaux contrastés mais, dans l’ensemble, l’activité continuerait de progresser.

Les climats sectoriels du dernier baromètre KOF indiquent que la croissance resterait positive dans les services alors qu’elle ralentirait dans l’industrie. Le PMI manufacturier est, quant à lui, plus positif car, malgré un léger tassement sur les derniers mois, il reste nettement en zone d’expansion (56,4 en août).

Pour la première fois depuis 2007, la Banque Nationale Suisse (BNS) a resserré sa politique monétaire le 16 juin dernier en réhaussant son principal taux directeur de 50 points de base (de -0,75% à -0,25%) ; elle devrait procéder à un nouveau tour de vis de 75 pb lors de sa prochaine réunion le 22 septembre. L’action tardive de la BNS, par rapport à la Réserve fédérale et à la Banque d’Angleterre, s’explique par le fait que le choc inflationniste reste modéré en Suisse. La BNS ne souhaite pas étouffer trop rapidement cette dynamique, après 20 ans de lutte contre la déflation (depuis 2000, la Suisse a connu 81 mois d’inflation négative, soit 42% du temps). Ce n’est qu’au début de l’année 2022 que l’inflation suisse a dépassé la cible[2] de la BNS alors que ce phénomène s’est produit dès la fin 2021 dans le reste de l’Europe. Par ailleurs, la poussée des prix reste modeste puisque l’inflation a atteint seulement 3,5% en août sur un an contre 9,1% en zone euro. En moyenne annuelle, l’inflation s’établirait à 2,8% en 2022 avant de se replier à 1,9% en 2023 selon les prévisions de l’OCDE.

La principale raison expliquant l’inflation moindre en Suisse réside dans la force du franc suisse qui, jusqu'à présent, a permis de nettement contenir la progression des prix à l’importation. Un second élément déterminant est un marché intérieur très peu inflationniste (avec des entreprises maîtrisant leurs coûts, y compris la masse salariale) comme en témoignent les prix à la production, qui dépassent à peine la hausse des prix à la consommation (+4,1% en juillet sur un an) et qui montrent déjà des signes de détente puisqu’ils se sont repliés pour le 3e mois consécutif.

Il semble donc peu probable que la BNS s’engage dans un processus de resserrement monétaire aussi prononcé que la Réserve fédérale ou la BCE car l’inflation montre des signes de ralentissement et une augmentation des taux d’intérêt conduirait à renchérir davantage le franc, ce qui nuirait aux exportations et pèserait sur la conjoncture économique.

Achevé de rédiger le 16 septembre 2022

[1] A noter que ces secteurs ne représentent qu’une faible part de la valeur ajoutée : hébergement-restauration = 1,9%, Loisirs = 0,7%. En revanche, d’autres secteurs dont le poids dans la valeur ajoutée est beaucoup plus important évoluent bien au-dessus de leur niveau d’avant-crise : l’industrie manufacturière (+10 ,9% par rapport au T4 2019 ; poids dans la VA = 19,4%), secteur de la santé (+5,2% par rapport au T4 2019 ; poids dans la VA = 8,1%).

[2]« assimile la stabilité des prix à une hausse annuelle inférieure à 2% des prix à la consommation. La déflation, soit une baisse persistante du niveau des prix, est contraire à l'objectif de stabilité des prix ».

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LES ÉCONOMISTES EXPERTS AYANT PARTICIPÉ À CET ARTICLE
William DE VIJLDER
Equipe : Etudes économiques
Félix  BERTE
Equipe : Economies OCDE
Christine PELTIER
Equipe : Risque pays
Guillaume DERRIEN
Equipe : Economies OCDE
Hélène BAUDCHON
Equipe : Economies OCDE
Anthony Morlet-Lavidalie
Equipe : Economies OCDE
Stéphane Colliac
Equipe : Economies OCDE
Paolo CIOCCA
Equipe : Economies OCDE
Simona COSTAGLI
Equipe : Economies OCDE