Emerging

Mieux armée pour faire face au choc

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Eco Emerging // 3 trimestre 2020 (achevé de rédiger le 16 juillet 2020)  
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RUSSIE  
MIEUX ARMÉE POUR FAIRE FACE AU CHOC  
L’économie est plus solide aujourd’hui qu’il y a cinq ans. Depuis la crise de 2014-15, le gouvernement est parvenu  
à reconstituer son fonds souverain qui lui permet aujourd’hui de compenser la perte de recettes pétrolières. Ses  
finances publiques sont moins dépendantes des revenus pétroliers (grâce à la hausse de la TVA en 2019) et le  
gouvernement ne devrait pas avoir de difficultés à remplir ses engagements à court terme. Pour autant, l’impact du  
confinement et de l’effondrement des prix des matières premières sur la croissance sera élevé, et il ne sera pas sans  
conséquence pour le secteur bancaire, encore fragile, mais moins vulnérable à un choc de change.  
FORTE CONTRACTION DE L’ACTIVITÉ ATTENDUE AU T2  
PRÉVISIONS  
MAIS PREMIERS SIGNES DE REBOND EN JUIN  
2
018  
2,5  
2,9  
2,9  
2019  
1,3  
2020e  
-4,2  
3,7  
2021e  
3,5  
La Russie a été confrontée à un double choc en 2020 : un choc de  
demande et un choc d’offre provoqués par le confinement de la  
population (entre le 30 mars et le 11 mai voire jusqu’à mi-juin dans  
certaines communes), l’effondrement du prix de l’Oural de pétrole  
PIB réel, variation annuelle, %  
Inflation, IPC, var. annuelle, %  
4,5  
3,7  
(
-40% en g.a. sur les six premiers mois de l’année) et la baisse de  
er  
Solde budg.du gouv. et des adm. % PIB  
1,9  
-4,8  
-3,0  
la production de pétrole depuis le 1 mai (-20%) dans le cadre des  
accords signés avec l’OPEP+.  
Dette publique, % du PIB  
14,5  
6,8  
15,3  
3,8  
20,3  
0,1  
21,1  
1,2  
Le PIB réel, qui affichait encore une progression de 1,6% en glissement  
annuel (g.a.) au premier trimestre 2020, a chuté de 11% en g.a. en  
moyenne sur avril-mai selon les premières estimations du ministère  
du Développement économique. La baisse de la production industrielle  
s’est même accentuée de -6,6% en avril à -9,6% en mai. Toutes les  
composantes de la demande ont fortement baissé. Les ventes au détail  
ont reculé de 21% en moyenne sur avril-mai. Le taux de chômage a  
atteint 6,2% en juin, un record depuis la crise financière de 2009 et  
les salaires réels fléchissent (-2% en mai). De même, sur les quatre  
premiers mois de l’année, les profits des entreprises se sont contractés  
de 54,4% en g.a.  
Enjuin, l’activitédevraitlégèrementrebondiraveclafinduconfinement,  
comme le laissent à penser les derniers résultats d’enquête. L’indice de  
confiance des entrepreneurs dans l’industrie a rebondi à 49,4 en juin  
après avoir atteint un point bas de 31,3 en avril. Même si cet indice  
composite reste inférieur au seuil de 50 (au-delà duquel l’activité  
progresse), les industriels anticipent une accélération de l’activité et  
font état d’une hausse de leurs carnets de commandes. Sur l’ensemble  
du deuxième trimestre, le ministère du Développement économique  
prévoit, malgré tout, une contraction de l’activité de l’ordre de 9,7%  
en g.a.  
Balance courante, % du PIB  
e: ESTIMATIONS ET PRÉVISIONS  
TABLEAU 1  
SOURCE : BNP PARIBAS RECHERCHE ECONOMIQUE GROUPE  
PRODUCTION INDUSTRIELLE  
8
6
4
2
0
2
4
6
g.a.  
moyenne  
-
-
-
Production industrielle  
Ind.manufacturière  
Extraction minière  
-8  
2
018  
2019  
2020  
GRAPHIQUE 1  
SOURCES : ROSSTAT  
Au second semestre, l’activité continuerait de se raffermir mais la  
reprise sera lente et graduelle. Elle sera favorisée par une politique  
monétaire accommodante (la CBR a abaissé ses taux de 175 points monétaire est particulièrement accommodante (les taux directeurs  
de base depuis janvier), un soutien financier aux ménages les plus n’ont jamais été aussi bas), un rebond des investissements avant 2021  
pauvres, une légère hausse des dépenses publiques et la modération est difficilement envisageable.  
des pressions inflationnistes.  
Selon la banque centrale, la contraction de l’activité sera comprise  
D’ici la fin de l’année, la hausse des prix à la consommation devrait entre 4 et 6% en 2020 alors que le FMI prévoit pour sa part une baisse  
en effet rester contenue sous le seuil de 4% en g.a. fixé par la banque du PIB de 6,6% avant un important rebond en 2021.  
centrale. En juin, l’inflation s’est établie à 3,2%, alors même que  
l’essentiel de la dépréciation du rouble enregistrée au printemps a  
LE FONDS SOUVERAIN A PERMIS DE COMPENSER LA  
probablement été déjà répercutée. La banque centrale dispose donc  
d’une marge de manœuvre pour abaisser ses taux directeurs au-delà  
BAISSE DES RECETTES  
de 4,5%, même si une nouvelle baisse des taux ne devrait guère excéder  
Depuis la crise de 2015, le gouvernement et la banque centrale se sont  
efforcés de réduire la dépendance du pays au pétrole. C’est chose faite.  
En 2019, le prix d’équilibre du budget était de seulement USD 42 le  
5
0 points de base. La banque centrale a rappelé lors de son comité de  
politique monétaire de juin dernier qu’elle ne souhaitait pas voir ses  
taux réels passer en territoire négatif. Néanmoins, même si la politique  
La banque  
d’un monde  
qui change  
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Eco Emerging // 3 trimestre 2020 (achevé de rédiger le 16 juillet 2020)  
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1
0
baril alors qu’il s’établissait à USD 113 il y a cinq ans. Par ailleurs, au  
premier semestre 2020, en dépit de l’effondrement des recettes issues  
des activités de pétrole et de gaz (-35,4%), l’ensemble des recettes  
budgétaires ne s’est contracté que de 4,8%. En effet, conformément  
à la règle fiscale en vigueur depuis 2017, le gouvernement a utilisé  
une partie des actifs du fonds de richesse nationale (pour un total  
de USD 12,5 mds) afin de compenser la perte de recettes pétrolières  
induites par des prix du pétrole inférieurs à USD 42 le baril entre le 11  
mars et le 30 juin 2020. Au 1er juin, son fonds s’élevait à USD 171 mds  
soit 10,7% du PIB 2019.  
FONDS SOUVERAIN ET RÉSERVES DE CHANGE  
Milliards USD  
1
1
85  
65  
450  
30  
410  
Fonds souverain  
Réserves de change (é.d.)  
4
145  
25  
105  
3
3
3
3
3
2
2
90  
70  
50  
30  
10  
90  
70  
1
Le gouvernement a ainsi pu maintenir ses dépenses engagées au titre  
du budget 2020 et faire face à la très forte hausse des dépenses de  
santé engendrée par l’épidémie de coronavirus. Sur les six premiers  
mois de l’année, l’ensemble de ses dépenses a augmenté de près de  
8
5
65  
2
6%, générant un déficit annualisé équivalent à 1,9% du PIB 2019.  
4
5
250  
Pour faire face à l’épidémie de coronavirus et aux conséquences  
économiques induites par le confinement (notamment pour les  
ménages et les PME), le gouvernement a annoncé trois plans de  
soutien budgétaire dont le coût total est estimé à 2,8% du PIB par la  
Banque mondiale. De plus, le 2 juin dernier, le ministère des Finances a  
2
015  
2016  
2017  
2018  
2019  
2020  
GRAPHIQUE 2  
SOURCES : CBR  
annoncé un « plan de soutien à la reprise » d’une valeur de RUB 5000 Les pressions à la baisse sur le solde du compte courant seront  
mds (soit 4,1% du PIB) qui sera mis en place entre le T3 2020 et le compensées par la hausse des investissements de portefeuille. Depuis  
T4 2021. Néanmoins, ce plan inclut déjà une très grande partie des le mois de mai, les investisseurs étrangers ont à nouveau manifesté  
mesures de soutien annoncées précédemment (notamment des de l’intérêt pour la dette russe dont les émissions devraient atteindre  
mesures monétaires prises par la banque centrale envers les PME) sur l’ensemble de l’année RUB 5 tn (4,5% du PIB). Ainsi, au 1er juin,  
et les dépenses supplémentaires qui incomberont au budget sont ils détenaient 31,8% de la dette domestique (contre 32,2% en début  
estimées à seulement RUB 430 mds (0,4% du PIB). Environ un tiers sera d’année).  
engagé au cours du second semestre 2020 et les deux-tiers restant  
feront partie du budget 2021.  
LE SECTEUR BANCAIRE PLUS SOLIDE QU’EN 2014  
% du PIB et la dette excéder légèrement 20% du PIB. Le risque de re-  
Sur l’ensemble de l’année 2020, le déficit budgétaire devrait avoisiner  
Le secteur bancaire est moins fragile qu’en 2014 pour affronter la  
5
crise qui se profile : la liquidité a augmenté, la dette des banques  
s’est réduite (notamment la dette libellée en dollars) et la position  
extérieure du secteur s’est renforcée. Par ailleurs, la qualité des actifs  
s’est améliorée depuis 2018, même si elle reste fragile et le degré de  
dollarisation a fortement baissé. En mai 2020, les créances douteuses  
représentaient encore 10,9% des prêts, sachant que les restructurations  
provoquées par la crise de la Covid-19 (et les provisions qui seront  
alors constituées) ne seront pas effectives avant le 30 septembre.  
financement de la dette russe est extrêmement contenu, même si des  
tensions sur le marché obligataire sont apparues depuis fin juin suite  
à l’annonce, par le ministère des Finances, d’émissions de dette obli-  
gataire domestique plus importantes que prévu. La dette est détenue à  
6
7% par les résidents et les remboursements pour 2020 et 2021 sont  
estimés à USD 17 et 23 mds, dont seulement 4 mds en dollar US.  
LES COMPTES EXTÉRIEURS RESTENT SOLIDES  
Dans les secteurs du pétrole et des métaux, la situation financière  
er  
Au 1 juillet, les réserves de change s’élevaient à USD 438 mds des entreprises semble suffisamment solide pour faire faire face à la  
(
-5 mds depuis le début de l’année) et le rouble n’avait perdu que 9,1% baisse des prix et de la demande. En revanche, le confinement aura des  
de sa valeur face au dollar US depuis la fin 2019, alors même que le répercussions beaucoup plus fortes sur les entreprises des transports,  
prix de l’Oural de pétrole a baissé de plus de 38% en moyenne. Cette de l’immobilier, de la construction et du tourisme.  
relativement bonne tenue du rouble s’explique par l’application de la  
règle fiscale de 2017 : les ventes d’actifs du fonds de richesse nationale  
La banque centrale anticipe une forte hausse des créances douteuses  
jusqu’au début 2021. Les taux de défaut devraient être multipliés  
par deux, voire trois, dans ces secteurs d’activité et atteindre 11-  
(
pour compenser les pertes budgétaires) ont permis de soutenir la  
monnaie russe. Sur les six premiers mois de l’année, l’excédent du  
compte courant a en effet baissé de 48% par rapport à la même période  
l’année dernière (à seulement USD 22,3, mds) même si le déficit de la  
balance des services s’est réduit avec la fermeture des frontières. La  
balance commerciale reste en surplus mais celui-ci s’est réduit de plus  
de 46% avec la contraction des exportations de pétrole.  
1
3% dans l’hôtellerie, 9-10% dans la production de biens dits « non  
essentiels » et 6-7% dans l’immobilier. Entre le 20 mars et le 6 mai  
020, les banques ont déjà restructuré l’équivalent de 3,7% des prêts  
2
des grosses entreprises et 6,9% des prêts des PME. Le secteur bancaire  
russe devrait néanmoins être en mesure de faire face à la montée du  
risque de crédit. En avril, son ratio de solvabilité s’élevait à 12,7%. Par  
Au second semestre, l’allègement des restrictions sur les voyages ailleurs, il continuera de bénéficier du soutien du gouvernement, même  
internationaux et la reprise attendue des importations de biens, s’il est sélectif.  
conjointement au rebond de la demande intérieure, vont peser sur  
le compte courant alors même que les exportations devraient rester  
faibles. Sur l’ensemble de l’année 2020, le surplus du compte courant  
devrait être proche de zéro.  
La banque  
d’un monde  
qui change  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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