Emerging

Une économie complexe

e
Eco Emerging // 4 trimestre 2021  
economic-research.bnpparibas.com  
9
CORÉE DU SUD  
ÉCONOMIE COMPLEXE  
La troisième vague de contamination de Covid-19 ne devrait pas remettre en cause la dynamique de reprise de  
l’économie coréenne. La solidité des fondamentaux, la diversification des exportations et le soutien massif des  
autorités devraient, en outre, permettre de limiter les conséquences de la crise sur les perspectives de croissance à  
moyen et long terme. En revanche, le vieillissement de la population continue de peser sur la croissance potentielle  
et les finances publiques, en dépit des diverses réformes structurelles mises en œuvre par le gouvernement. Par  
ailleurs, la dette des ménages a rapidement augmenté au cours des 18 derniers mois. Les risques de crédit associés  
sont toutefois limités par la mise en place de mesures macroprudentielles d’une part, et par le niveau confortable  
des actifs financiers des ménages d’autre part.  
PRÉVISIONS  
«
VIVRE AVEC LA COVID-19 »  
Contrairement à la majorité des pays de la région, la résurgence de  
l’épidémie, à la fin du deuxième trimestre, n’a pas compromis le rebond  
d’activité. L’indice de mobilité de Google est remonté à son plus haut  
dès la mi-septembre (après avoir brievement décru à la fin du mois  
d’août), alors même que le nombre de nouvelles contaminations est  
resté relativement élevé. Les plus âgés et les plus vulnérables étant  
vaccinés, le nombre de décès est resté relativement bas au cours de  
cette vague.  
2
019  
2020  
2021e  
2022e  
PIB réel, variation annuelle, %  
Inflation, IPC, var. annuelle, %  
Solde budgétaire, % du PIB  
1.8  
-0.9  
0.4  
3.9  
3.0  
0.4  
2.1  
1.7  
-0.6  
39.5  
3.6  
-5.8  
44.0  
4.6  
-4.0  
48.2  
4.4  
-3.2  
52.1  
4.0  
Dette des adm. publiques, % du PIB  
Balance courante, % du PIB  
Dette externe, % du PIB  
28.4  
404  
7.5  
30.1  
408  
7.5  
30.4  
443  
7.3  
29.2  
481  
7.8  
Le gouvernement a d’ailleurs annoncé que la stratégie « zéro Covid »,  
associée à des restrictions sanitaires très strictes, serait rapidement  
abandonnée, dès la fin du mois d’octobre, au profit d’un ensemble de  
mesures destinées à permettre de « vivre avec la Covid-19 ». L’objectif  
est de revenir à une « vie normale », en allégeant progressivement  
les restrictions en place. Le gouvernement se donne également pour  
objectif d’avoir vacciné (deux doses) 80% de la population totale à la  
fin de l’année. Le 4 octobre, près de 80% de la population avait reçu au  
moins une dose, et 55% avait reçu deux doses.  
La reprise se poursuit donc au deuxième semestre 2021, le rebond de la  
demande interne n’ayant été que marginalement affecté par la récente  
hausse des cas. Dans le même temps, le marché du travail a continué  
de se renforcer : le taux de chômage a baissé de manière continue  
depuis le début 2021, pour s’établir à 2,4% en août. Il s’établissait à 6%  
en janvier. La consommation des ménages devrait également être sou-  
tenue par les nouvelles mesures de soutien à la consommation (pour  
un montant proche de 0,5% du PIB) annoncées au début du mois de  
septembre.  
Réserves de change, mds USD  
Réserves de change, en mois d'imports  
E: ESTIMATIONS ET PRÉVISIONS  
TABLEAU 1  
SOURCE : BNP PARIBAS RECHERCHE ECONOMIQUE GROUPE  
REBOND DES EXPORTATIONS  
5
0
0
Autres secteurs, contribution, pp  
Secteur des semi-conducteurs, contribution, pp  
Exportations totales, var. en %, 3mma  
4
30  
20  
10  
0
-10  
La demande externe reste également bien orientée. Les exportations  
ont fortement rebondi depuis le troisième trimestre 2020, la Corée  
ayant bénéficié de la forte demande en biens électroniques liée au dé-  
veloppement du travail à distance.  
-
20  
-
30  
2018  
2019  
2020  
2021  
Cette bonne performance des exportations a eu des répercussions sur  
l’investissement, notamment dans le secteur des telecom (infrastruc-  
tures liées au développement de la 5G par exemple). En termes réels,  
GRAPHIQUE 1  
SOURCE : MINISTÈRE DU COMMERCE  
l’investissement a progressé de près de 4% en g.a. en moyenne au Au total, après une récession très limitée en 2020 (le PIB n’a reculé  
cours du premier semestre 2021, alors que la moyenne de long terme que de 0,9%), grâce à la gestion efficace de la pandémie et au soutien  
(
entre 2015 et 2019) était à peine supérieure à 3%.  
massif des autorités, la croissance du PIB devrait atteindre 3,9% et 3,0%  
respectivement en 2021 et 2022.  
Cependant, les exportations ralentiront au cours des trois derniers  
mois de l’année. Les difficultés d’approvisionnement dans l’ensemble Les conséquences de la crise liée à la Covid-19 sur l’économie  
des secteurs (en particulier dans le secteur automobile, pénalisé par coréenne devraient rester très limitées grâce, outre le soutien massif  
la fermeture d’une usine de semi-conducteurs en Malaisie en raison des autorités, à la capacité de l’économie à absorber les chocs. Cette  
des restrictions liées à la nouvelle vague épidémique) et la laborieuse résilience aux chocs est facilitée par la complexité de l’économie,  
remise en marche des chaînes de valeur pèseront sur la dynamique de c’est-à-dire la diversité des secteurs d’exportation et l’étendue des  
croissance, en plus des effets de base.  
connaissances utilisées pour produire ces biens. D’après l’Atlas de la  
La banque  
d’un monde  
qui change  
e
Eco Emerging // 4 trimestre 2021  
economic-research.bnpparibas.com  
1
0
complexité économique établi par l’université de Harvard, la Corée est  
classée quatrième économie la plus complexe (sur un échantillon de  
DETTE DES MÉNAGES  
1
33), derrière le Japon, la Suisse et l’Allemagne.  
1
10  
00  
20  
15  
10  
5
En revanche, les perspectives de croissance à moyen terme continuent  
de se dégrader du fait du vieillissement de la population. Dans une étude  
récente, le FMI a abaissé son estimation de croissance potentielle à 2%  
Dette des ménages (% du PIB, é.g.)  
Dette des ménages (g.a., %, é.d.)  
Prix de l'immobilier (g.a., %, é.d.)  
1
(
contre 2,5% auparavant), en raison des effets du déclin de la population  
active (les 15-64 ans) et de l’accélération de ce déclin attendue au  
cours de la prochaine décennie. Dans leur étude, les auteurs prennent  
pourtant en compte les réformes proposées par le gouvernement pour  
améliorer la croissance de la productivité, notamment le « Korean New  
Deal » (composé de trois volets « Green », « Digital » et « Human »,  
dans lesquels l’investissement public et privé est facilité,).  
9
8
7
6
0
0
0
0
0
LA POLITIQUE BUDGÉTAIRE RESTERA ACCOMMODANTE EN  
-5  
2
022  
2015  
2016  
2017  
2018  
2019  
2020  
2021  
Le déficit public (excluant le fonds de sécurité sociale) s’est nettement  
creusé en 2020, atteignant 5,8% du PIB (après 1,6% en moyenne entre  
GRAPHIQUE 2  
SOURCES : BANQUE CENTRALE  
2
015 et 2019). Le gouvernement a profité des marges de manoeuvre  
dont il disposait pour soutenir l’économie et a annoncé quatre vagues  
de mesures de relance au cours de l’année, pour un montant proche  
de 3% du PIB.  
La même politique a été appliquée en 2021, et le gouvernement  
a proposé trois vagues de mesures (annoncées en mars, juillet et  
septembre) destinées à soutenir la demande interne (particulièrement  
les ménages les plus vulnérables et les PME) et le bon déroulement de  
la campagne de vaccination. Cela dit, la forte croissance des revenus  
budgétaires devrait permettre une réduction du déficit, en 2021, à 4,0%  
du PIB.  
Dans la proposition de budget pour l’année 2022 présentée en  
septembre dernier, le gouvernement a annoncé la poursuite d’une  
politique budgétaire expansionniste en 2022 (les dépenses devraient  
augmenter de plus de 8% cette année encore), et la mise en œuvre  
d’une consolidation progressive des finances publiques à partir de  
En effet, l’offre limitée et les taux d’intérêt exceptionnellement bas  
ont poussé à la hausse les prix de l’immobilier. Au niveau national,  
l’indice du prix de l’immobilier a progressé de plus de 15% depuis le  
début 2021, et de plus de 25% depuis mi-2020. La dette des ménages a  
logiquement fortement progressé au cours de la même période, et s’est  
établie à près de 110% du PIB à la fin du premier trimestre 2021, alors  
qu’elle se situait à 94,1% du PIB au dernier trimestre 2019. L’encours de  
la dette a progressé de 12% au cours de cette période.  
À court terme, les risques de crédit liés à la dette des ménages semblent  
cependant limités : d’une part, le secteur bancaire est dans l’ensemble  
relativement solide, et d’autre part, d’après le dernier rapport sur la  
stabilité financière de la banque centrale, le montant des actifs détenus  
par les ménages reste deux fois supérieur au montant de la dette des  
ménages. Par ailleurs, les mesures macroprudentielles mises en place  
régulièrement depuis 2017 ont permis de réduire progressivement le  
nombre de prêts destinés aux ménages « vulnérables », c’est-à-dire  
dont la capacité de remboursement est limitée. A la fin du premier  
trimestre 2021, les montants prêtés aux ménages « vulnérables »  
2
023. Cela dit, la forte hausse attendue des revenus devrait permettre  
une réduction significative du déficit dès 2022, à 3,2% du PIB.  
Par ailleurs, le gouvernement prévoit de ralentir progressivement le  
rythme d’augmentation des dépenses (à 5,5% par an en moyenne d’ici  
2
025) et de stabiliser le déficit entre 2,5% et 3% du PIB à l’horizon 2025.  
Dans ce contexte, la dette publique augmenterait continûment, de ne représentaient plus que 5% du total (près de 7% en 2017). Enfin,  
4
8% du PIB en 2021 à près de 58% en 2025. La hausse de la dette ne le gouvernement et la banque centrale ont récemment annoncé de  
nouvelles mesures macroprudentielles.  
représente cependant pas de risque à court et moyen terme.  
Le résultat de l’élection présidentielle, prévue pour le mois de mars  
2
022, ne devrait pas remettre en cause ces hypothèses, l’ensemble des  
Achevé de rédiger le 6 octobre 2021  
candidats ayant déclaré leur intention de poursuivre la politique de  
consolidation des finances publiques.  
LA DETTE DES MÉNAGES À UN NIVEAU RECORD  
Hélène DROUOT  
helene.drouot@bnpparibas.com  
A l’inverse, la politique monétaire a déjà commencé à se normaliser.  
La banque centrale a relevé son taux directeur à 0,75% en août, après  
l’avoir laissé à son plus bas historique (0,5%) depuis le mois de mai  
2
2
020. L’inflation devrait se stabiliser autour de 1,7% en moyenne en  
022, après avoir atteint 2,1% en 2021. Outre la forte reprise cyclique,  
le communiqué de la banque centrale soulignait la montée des risques  
relatifs à la stabilité financière.  
La banque  
d’un monde  
qui change  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
Ce site présente leurs analyses.
Le site contient 1586 articles et 280 vidéos