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Changement de stratégie

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EcoEmerging // 1 trimestre 2020  
economic-research.bnpparibas.com  
Éthiopie  
Changement de stratégie  
Pour soutenir la croissance économique, le gouvernement éthiopien abandonne son modèle économique centré sur l’investissement  
public financé par la dette, pour adopter une stratégie d’ouverture aux capitaux étrangers. Des entreprises publiques seront  
privatisées et les restrictions aux investissements étrangers sont levées. Dans l’immédiat, l’aide approuvée dernièrement par le FMI  
vise à remédier aux pénuries de devises, en échange d’une gestion plus stricte des entreprises publiques. La libéralisation du taux de  
change sera progressive afin d’éviter les tensions inflationnistes et leurs conséquences sociales.  
Au cours des quinze dernières années, l’Ethiopie a connu une  
1
- Prévisions  
croissance très forte (supérieure à 10% en moyenne depuis 2005)  
essentiellement liée à l’investissement public. Ce modèle a atteint  
ses limites et conduit à une pénurie de devises et à une forte  
augmentation de l’endettement extérieur. Pour y remédier, le  
gouvernement compte sur une nouvelle « stratégie de réforme  
économique locale » (Homegrown Economic Reform Plan) et sur le  
soutien financier du Fonds monétaire international (FMI). Ceci  
pourrait accélérer la transition vers un régime de taux de change  
plus flexible. Mais dans un contexte d’inflation élevée et à  
l’approche d’élections générales, il est probable que la prudence  
sera le maître-mot de la mise en œuvre de cette nouvelle stratégie.  
2
018 2019e 2020e 2021e  
PIB réel, variation annuelle, %  
Inflation, IPC, var. annuelle, %  
Solde budgétaire, % du PIB  
7,7  
7,4  
7,2  
7,1  
13,8  
-3,2  
14,6  
-2,8  
12,7  
-3,0  
9,3  
-3,0  
Dette publique, % du PIB  
61,0  
-6,5  
59,1  
-6,0  
54,4  
-5,3  
52,2  
-4,7  
Balance courante, % du PIB  
Dette externe, % du PIB  
35,8  
4,0  
34,5  
3,9  
33,6  
4,3  
32,2  
4,5  
Réserves de change, mds USD  
Réserves de change, en mois d'imports  
Taux de change USDETB (fin d'année)  
2,0  
2,8  
3,2  
3,4  
Fléchissement de la croissance et pressions  
inflationnistes  
28,4  
31,4  
33,5  
35,1  
e : estimations et prévisions BNP Paribas Recherche économique Groupe  
Après une croissance à deux chiffres dans les années 2004-2017,  
l’économie éthiopienne ralentit depuis 2018 en raison notamment  
de la détérioration continue des termes de l’échange. En effet, la  
chute des prix du café (environ 40% des exportations totales) et la  
hausse des prix du pétrole brut (+31% en 2018 pour le Brent) ont  
fortement pesé sur les comptes extérieurs. En raison de leur fragilité,  
les restrictions à l’accès à la devise pèsent sur l’activité économique  
et contribuent à affaiblir la croissance industrielle. L’activité résiste  
néanmoins grâce au dynamisme de la consommation privée,  
2
- PIB réel et contributions par secteur  
PIB, g.a. en %, et contribution en points de pourcentage  
PIB réel  Agriculture  Industrie  Services  
12  
1
0
8
6
4
2
0
1
stimulée par une forte croissance démographique et par la  
2
réduction progressive de la pauvreté .  
L’investissement constitue un autre moteur de l’activité économique.  
Des investissements publics importants dans les infrastructures  
sont en cours de réalisation, tandis que les investissements directs  
étrangers (IDE) restent solides malgré un récent fléchissement. Ils  
dépassent actuellement 4% du PIB et profitent notamment aux  
industries manufacturières. Le secteur de l’énergie concentre, quant  
à lui, l’essentiel de l’effort d’investissement national. Dans un pays  
où seulement 30% de la population est raccordé au réseau  
électrique, les besoins sont importants. Depuis 2018, de nombreux  
projets de production d’énergie ont été lancés pour un montant  
estimé à USD 6 mds. Par ailleurs, un accord d’un montant  
d’USD 1,8 md a été conclu avec une entreprise publique chinoise  
pour compléter le réseau de distribution électrique.  
2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018  
Source : FMI  
L’inflation des prix à la consommation a atteint 20% en novembre,  
son taux le plus élevé depuis cinq ans, en raison notamment d’une  
baisse de la production agricole. En moyenne, l’inflation devrait  
rester supérieure à 10% en 2020.  
Appel à une participation accrue du secteur privé  
Le gouvernement a bâti sa politique économique selon deux axes :  
stimuler la participation du secteur privé grâce à son nouveau  
programme économique, et réduire les déséquilibres  
macroéconomiques grâce au soutien du FMI.  
1
+
1,6% en moyenne sur les 10 dernières années  
2
Le PIB par habitant a triplé en 10 ans et atteignait USD 950 en 2019.  
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L’ouverture de l’économie aux investisseurs étrangers est une  
priorité. Le parlement finalise la nouvelle loi sur l’investissement qui  
autorise les sociétés étrangères à détenir jusqu’à 49% du capital  
des sociétés éthiopiennes. Les secteurs concernés sont le transport  
aérien, l’énergie, la logistique et les télécommunications. Fin  
novembre, le gouvernement a annoncé la levée des obstacles à  
l’investissement dans le secteur minier et la privatisation de six  
projets sucriers au premier trimestre 2020. L’industrie bénéficiera  
également de l’amélioration de l’alimentation électrique ainsi que de  
certaines incitations, telles que la suppression des droits de douane  
à l’importation sur les biens d’équipement, et l’exonération de  
l’impôt sur le revenu et des taxes à l’exportation pour les sociétés  
qui exploitent ou aménagent des parcs d’activité industrielle.  
3
- Evolution du taux de change et des réserves en devises  
USDETB, marché officiel ▬ USDETB, marché parallèle  
Réserves de change, USD mns (é.d.)  
4
4
3
3
2
2
1
1
5
0
5
0
5
0
5
0
5
0
4500  
4000  
3500  
3000  
2500  
2000  
1500  
1000  
500  
Dans le secteur financier, la règle imposant aux banques de  
consacrer 27% de leur portefeuille de prêts au secteur public a été  
abolie.  
0
2014  
2015  
2016  
2017  
2018  
2019  
Sources : FMI, BNP Paribas  
En outre, le 20 décembre dernier, le FMI a approuvé un  
financement de USD 3 mds sur trois ans (environ 3% du PIB), dont  
environ USD 308 mn disponibles immédiatement. Ce soutien vise,  
dans un premier temps, à réduire les pénuries de devises, à  
accompagner la réforme des entreprises publiques et à accroître les  
recettes fiscales (seulement 10% du PIB actuellement).  
change sont inférieures au niveau d’alerte de trois mois  
d’importations de biens et de services. À la fin de l’année 2019, ces  
réserves s’élevaient à USD 3,6 mds, soit 2,2 mois d’importations de  
biens et services. Parallèlement à la politique de change, des  
contrôles des capitaux sont donc en place, ce qui contraint  
fortement les importations. Dans ce contexte, l’écart entre les taux  
de change officiel et parallèle est d’environ 40%.  
Du côté des finances publiques, le déficit budgétaire s’est  
sensiblement accru depuis 2016. Il était en moyenne de 2,8% du  
PIB entre 2016 et 2018. Il devrait légèrement se réduire en 2019,  
grâce à une gestion plus prudente des dépenses courantes et à la  
maîtrise des dépenses de développement qui devraient se limiter à  
l’achèvement des projets déjà engagés. Cela devrait aider à la  
réduction du ratio de dette publique (61% du PIB à fin 2018) qui  
pourrait aussi bénéficier de la privatisation de certaines entreprises  
publiques.  
Le soutien du FMI devrait permettre de débloquer des financements  
concessionnels d’autres institutions financières internationales.  
Ainsi, une aide supplémentaire de USD 3 mds de la Banque  
mondiale est envisagée. Par ailleurs, pour favoriser l'entrée de  
devises dans le pays, le gouvernement a décidé de mobiliser la  
diaspora éthiopienne, estimée à environ 3 millions de personnes.  
Pour encourager leurs investissements dans différents secteurs de  
l’économie, un fonds gouvernemental a été créé en octobre 2018,  
l’Ethiopian Diaspora Trust Fund. En outre, la banque centrale a  
assoupli le contrôle des changes s’appliquant aux non-résidents  
pour faciliter leurs transferts d’argent dans le pays. Pour le moment,  
les montants récoltés sont symboliques (USD 5,4 m en 2019).  
Diminution des tensions sur la liquidité extérieure  
Si les déficits budgétaires semblent être sous contrôle, les comptes  
extérieurs restent le principal élément de fragilité de l’économie.  
L’important déficit de la balance commerciale (-14% du PIB) pèse  
sur le solde courant, qui est largement déficitaire malgré la  
contribution positive des transferts publics et privés. En termes net,  
le total des transferts représente en moyenne 55% des recettes  
totales du compte courant. Malgré ces flux, le déficit courant  
s’élevait en moyenne à 8,6% du PIB entre 2014 et 2018.  
Si la situation macroéconomique reste fragile, le soutien financier  
international devrait permettre au moins temporairement d’alléger la  
pression sur la liquidité en devises. En 2020, les réserves de  
change de la banque centrale devraient atteindre USD 4,3 mds, soit  
3,2 mois d’importations. Cette tendance positive devrait continuer  
Si l’Ethiopie est le pays d’Afrique de l’Est qui attire le plus d’IDE, ces  
derniers diminuent depuis 2017 et ne couvrent qu’environ 70% du  
déficit courant. Le reste est financé par l’endettement extérieur,  
principalement à des conditions concessionnelles. Par conséquent,  
les tensions sur la liquidité extérieure sont significatives. Une partie  
des devises est destinée au service de la dette extérieure (environ  
en 2021. Néanmoins, les comptes externes resteront vulnérables  
aux variations des cours des matières premières et aux besoins  
importants en importations du pays.  
8
% du total des recettes en devises en 2018).  
Pour contenir la dépréciation du taux de change et limiter les  
pressions inflationnistes, la banque centrale intervient sur le marché  
des changes en puisant dans ses réserves en devises. Le Birr  
(
ETB) s’est déprécié d’environ 10% contre le dollar en 2019. Les  
moyens de la banque centrale sont limités, et les réserves de  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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