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Nouvelles turbulences

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Eco Emerging // 2 trimestre 2022  
economic-research.bnpparibas.com  
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INDE  
NOUVELLES TURBULENCES  
L’environnementéconomiqueetfinancierinternationaln’estpasfavorableàl’économieindienne. Mêmesilepaysproduit  
et exporte du blé, il sera pénalisé par l’envolée des prix des matières premières. Dans un contexte de ralentissement de  
la croissance, la consolidation budgétaire annoncée devrait être fragilisée. Le gouvernement sera contraint d’augmenter  
sensiblement ses subventions sur les engrais s’il veut contenir la hausse des prix alimentaires, lesquels constituent près  
de 46% du panier de consommation des ménages. Par ailleurs, l’Inde n’échappera pas à une dégradation significative  
de son déficit courant, induite par la hausse des prix du pétrole et les pressions à la baisse sur la roupie, surtout si  
les récentes sorties d’investissement de portefeuille se poursuivent. Les résultats des dernières élections régionales  
devraient assurer une certaine stabilité politique au moins jusqu’aux élections générales de 2024.  
DÉCÉLÉRATION DE LA CROISSANCE AVANT LE CONFLIT EN UKRAINE  
Le PIB réel a augmenté de seulement 5,4% en glissement annuel (g.a.)  
contre 8,5% le trimestre précédent. Sur l’année calendaire 2021, même  
si la croissance a rebondi de 8,1% par rapport à 2020, la hausse reste  
modeste par rapport à l’année 2019 (+1%).  
PRÉVISIONS  
Au troisième trimestre de l’année budgétaire 2021/2022 (septembre-  
décembre 2021), la croissance de l’économie indienne s’est essouflée.  
2019  
2020 2021e 2022e 2023e  
PIB réel, variation annuelle, % (1)  
Inflation, IPC, moyenne annuelle, % (1)  
Solde budgétaire gouv et adm., % du PIB (1)  
Dette gouv. et adm., % du PIB (1)  
Solde courant, % du PIB (1)  
4.2  
4.8  
-7.2  
6.1  
8.9  
5.5  
7.3  
6.7  
6.0  
5.5  
-7.3  
73.7  
-0.9  
19.9  
457  
7.7  
-13.7  
84.0  
0.9  
-10.6  
83.6  
-1.5  
19.7  
633  
-9.3  
82.5  
-3.6  
19.4  
650  
8.8  
-8.5  
82.4  
-2.1  
18.7  
675  
8.9  
Les prévisions de croissance pour l’ensemble de l’année budgétaire  
(
achevée au 31/03/2022) restent favorables, mais elle ont été révisées  
à la baisse compte tenu du contexte géopolitique international et des  
tensions sur les prix des matières premières. En outre, les indicateurs  
d’activité pour le début de l’année 2022 restent mitigés. L’activité au-  
rait commencé à ralentir bien avant le début du conflit en Ukraine.  
Dette externe, % du PIB (1)  
21.6  
580  
Réserves de change, mds USD  
Réserves de change, en mois d'imports  
11.0  
9.1  
La consommation des ménages reste particulièrement fragile. Les  
ventes automobiles ont affiché depuis le mois de novembre 2021 des  
performances inférieures à celles qui prévalaient avant l’épidémie de  
Covid-19. Le marché du travail peine à retrouver le dynamisme d’avant  
crise. Mi-avril, le taux de chômage était de 7,8% contre 7,3% en 2019 et  
le taux d’emploi n’était que de 37,6% en janvier contre près de 40% en  
SOURCE : BNP PARIBAS RECHERCHE ECONOMIQUE GROUPE  
TABLEAU 1  
(
1): ANNÉE BUDGÉTAIRE DU 1ER AVRIL DE L’ANNÉE T AU 31 MARS DE L’ANNÉE T+1  
E: ESTIMATIONS ET PRÉVISIONS  
INDE : INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION  
2
019. En outre, en dépit du ralentissement de la demande intérieure,  
IPC hors alimentaire et énergie  
Alimentaire  
Transport  
les pressions inflationnistes sont restées importantes. En février, la  
hausse des prix était de 6,1% sur un an alors même que l’augmentation  
des cours du pétrole n’avait pas encore été répercutée sur les prix de  
l’essence. La décélération de la demande intérieure est confirmée par  
une légère baisse des recettes de TVA en janvier et février par rapport  
aux mois précédents, bien qu’elles soient encore supérieures au niveau  
d’avant-crise.  
En février, la production industrielle a sensiblement décéléré par rap-  
port au mois de janvier, tout comme le rythme de distribution des cré-  
dits bancaires, même si ce dernier reste supérieur à son niveau d’avant-  
crise. Les indices de confiance des entreprises restent favorables (les  
indices PMI indiquent toujours une accélération de la demande), bien  
qu’en légère baisse depuis un point haut atteint en novembre 2021.  
g.a.,%  
35  
Biens divers  
IPC  
3
2
2
1
1
0
5
0
5
0
5
0
5
-
2018  
2019  
2020  
2021  
2022  
GRAPHIQUE 1  
SOURCE : CEIC  
LE CONFLIT EN UKRAINE AURA UN IMPACT DIRECT LIMITÉ …  
Le conflit en Ukraine aura un impact direct limité sur l’économie in- des prix des matières premières. Fort heureusement, ses comptes ex-  
dienne dans la mesure où le commerce de l’Inde avec la Russie et térieurs sont solides et le pays devrait être en mesure de faire face à la  
l’Ukraine est extrêmement modeste. Les exportations à destination de dégradation de sa balance des paiements. Ses réserves de change sont  
la Russie et de l’Ukraine ne représentent que 1% des exportations to- aujourd’hui beaucoup plus confortables qu’en 2013. Elles atteignent  
tales, les importations en provenance des deux pays 1,7%.  
l’équivalent de 20,1% du PIB (un peu plus de deux fois les besoins de  
financement à court terme) contre 16,2% du PIB fin 2012 (une fois les  
besoins de financement).  
La hausse des taux d’intérêt américains pourrait générer d’importantes  
sorties de capitaux et entraîner une dépréciation de la roupie, en  
particulier si la banque centrale indienne (RBI) continue de maintenir  
MAIS DES RISQUES INDIRECTS MULTIPLES  
En revanche, les risques indirects sur l’économie ne sont pas négli-  
geables. L’Inde doit faire face à deux chocs extérieurs : d’une part, la  
hausse des taux d’intérêt américains et, d’autre part, l’augmentation  
La banque  
d’un monde  
qui change  
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une politique monétaire accommodante. Entre décembre et février,  
les sorties nettes d’investissement de portefeuille de la part des  
investisseurs étrangers ont atteint l’équivalent de 1,5% du PIB annualisé  
alors que les achats se sont élevés à 1,2% du PIB sur l’ensemble de  
l’année 2021. Néanmoins, la roupie est restée relativement stable  
INDE : PRODUCTION INDUSTRIELLE  
Production industrielle  
Biens de consommation durable  
Biens en capital  
déc. 2019 = 100  
60  
1
(
-1,6% sur la période décembre-février) grâce aux interventions de la  
banque centrale sur les marchés des changes.  
140  
120  
La forte hausse des prix des matières premières induite par le conflit  
et les sanctions prises à l’encontre de la Russie est un risque plus  
important.  
100  
80  
60  
40  
20  
0
Sur le plan alimentaire, l’Inde importe l’essentiel de ses céréales et  
huiles en provenance d’Ukraine (34,3% des céréales et 15,8% des huiles)  
et ses engrais en provenance de Russie (61%). La forte hausse des prix  
des céréales devrait toutefois avoir un impact modeste dans la mesure  
où l’Inde importe peu de céréales (hormis du maïs). Elle produit et ex-  
porte du blé et du riz. En revanche, le pays est un gros consommateur  
et importateur d’huiles animales et végétales. Sur le seul mois de mars  
2
016  
2017  
2018  
2019  
2020  
2021  
2022  
2
3
022, les prix domestiques des huiles ont ainsi augmenté de près de  
0% participant ainsi à hauteur de 12 points de base (pb) à la hausse  
GRAPHIQUE 2  
SOURCE : CEIC  
des prix de détail. Enfin et surtout, l’Inde importe des engrais dont la  
hausse des prix (fortement corrélés à ceux du gaz) pourrait se répercu-  
ter sur les prix des produits alimentaires au cours des prochains mois à  
moins que le gouvernement n’augmente sensiblement ses subventions.  
L’Inde est aussi un gros importateur de métaux (notamment de métaux  
précieux) et surtout de combustibles, qui constituaient en 2019 res-  
pectivement 12,3% et 31,9% de ses importations. La hausse des prix de  
l’énergie (+54,9% sur les trois premiers mois de 2022) et des métaux  
précieux (+9,3%) devrait entraîner un creusement du déficit courant et  
une hausse des pressions inflationnistes.  
de ses finances publiques. Il prévoit notamment d’augmenter ses  
investissements (+24,5%).  
Le gouvernement anticipe ainsi une réduction modeste de son déficit  
(
hors déficit des États) de 6,9% du PIB (budget révisé pour l’année fis-  
cale 2021/2022) à 6,5% du PIB. Mais ce budget semble optimiste dans  
les conditions actuelles. Etabli avant le conflit en Ukraine, il prévoyait  
une forte réduction des subventions (-27%, i.e. l’équivalent de 0,7 point  
de PIB) par rapport au budget révisé 2021/2022. Ces baisses devaient  
porter sur le fioul, les engrais et l’alimentaire. Les montants des sub-  
Au cours des trois derniers mois (décembre-février), le déficit com- ventions prévus pour le budget 2022/2023 restaient toutefois légère-  
mercial de produits pétroliers a enregistré une hausse de près de 30% ment supérieurs aux niveaux d’avant crise.  
par rapport à la moyenne annuelle de 2019. Selon les estimations de  
la RBI, une hausse des prix du pétrole de 10% aurait un impact de  
Les montants des subventions prévus pour le budget 2022/2023 res-  
teraient légèrement supérieurs aux niveaux d’avant-crise. Mais les  
tensions sur les prix des matières premières et les risques baissiers  
sur la croissance devraient contraindre le gouvernement à réviser à la  
hausse ses dépenses de subventions, fragilisant ainsi la consolidation  
-
0,2 point de pourcentage (pp) sur la croissance, de +0,3 pp sur l’infla-  
tion et de +0,4 pp sur le déficit courant (en % du PIB) si cette hausse se  
répercutait intégralement sur l’économie.  
Pour contenir l’impact de la hausse des prix du pétrole sur le pouvoir budgétaire annoncée.  
d’achat des ménages, le gouvernement pourrait cependant décider de  
réduire les taxes ou d’accroître les subventions. Les taxes constituent  
VICTOIRE DU BJP AUX ÉLECTIONS RÉGIONALES  
près de 50% du prix de l’essence payé par le consommateur indien. Fin  
mars, le gouvernement n’avait annoncé aucune mesure de soutien à  
son économie. En revanche, anticipant la hausse de la facture pétro-  
lière, il a fortement augmenté ses achats de brut à la Russie en février  
et mars à un prix très avantageux (30 USD en dessous du cours du  
brent, hors transport et assurance). Mais ces achats (13 millions de  
barils sur deux mois vs. 16 millions sur l’ensemble de l’année 2021)  
restent marginaux par rapport aux besoins du pays, dont les importa-  
tions totales de pétrole ont atteint 4,9 millions de barils par jour en  
Le parti de Narendra Modi, le BJP, est parvenu à garder le contrôle  
de quatre des cinq États qui tenaient des élections régionales en fé-  
vrier-mars. Sa victoire dans l’Uttar Pradesh (UP) est un signal positif  
pour le premier ministre dans la mesure où cet État le plus peuplé  
est un bon indicateur des résultats des élections générales, lesquelles  
auront lieu en 2024. La position du BJP dans l’UP est néanmoins  
moins confortable qu’elle ne l’était en 2017, le parti ayant remporté  
2
51 sièges contre 312 cinq ans plus tôt.  
2
021.  
Le BJP a en revanche perdu le contrôle du Punjab derrière l’Aam Admi  
Party (AAP) qui remporte pour la première fois un État. Dans les États  
du Gujarat et de l’Himachal Pradesh, actuellement contrôlés par le  
BJP, les élections auront lieu en fin d’année. Globalement, les résul-  
tats de ces élections devraient assurer une certaine stabilité politique  
jusqu’aux prochaines élections, voire au-delà.  
En conséquence, en supposant que les prix internationaux des matières  
premières restent à des niveaux élevés, le supplément d’inflation total,  
pour l’année 2022/2023, pourrait atteindre 1,5 pp et la hausse du défi-  
cit courant pourrait être de 2 points de PIB.  
BUDGET À RISQUE POUR L’ANNÉE 2022/2023  
Achevé de rédiger le 6 avril 2022  
Le budget présenté en février pour l’exercice budgétaire 2022/2023  
qui s’achèvera au 31/03/2023 est expansionniste. Le gouvernement  
privilégie un soutien à sa croissance plutôt qu’une consolidation  
Johanna MELKA  
johanna.melka@bnpparibas.com  
La banque  
d’un monde  
qui change  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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