EcoWeek

Halloween, la peur et l’économie

Halloween, la peur et l’économie  
Les chocs d’incertitude ont-ils des effets symétriques ou asymétriques? Cette question est centrale car, depuis 2018, l’incertitude agit  
comme un vent contraire sur la croissance mondiale. Par ailleurs, sur la base des dernières informations concernant l’avancée des  
négociations commerciales entre les Etats-Unis et la Chine et de celles sur le Brexit, le pic d’incertitude est peut-être derrière nous La  
recherche empirique montre que les phases d’augmentation de l’incertitude ont un plus grand impact sur l’économie que les phases de baisse,  
en particulier quand la croissance est déjà lente La reprise de la croissance ne pourra donc qu’être progressive.  
Halloween est devenue une fête commerciale importante. Selon la  
CONFIANCE DES CONSOMMATEURS AUX ÉTATS-UNIS  
fédération nationale américaine du commerce de détail (US National  
Retail Federation 1 ), les consommateurs américains devraient  
dépenser USD 8,8 mds cette année en costumes, confiserie,  
(CONFERENCE BOARD)*  
corations et cartes de vœux à cette occasion. Bien que très élevé,  
ce chiffre n’échappe pas au ralentissement de la croissance  
économique qui semble toucher les dépenses d’Halloween, en repli  
cette année, d’après les prévisions, par rapport à l’année dernière  
1,70  
1,60  
1,50  
(
USD 9 mds) et au record établi en 2017 (USD 9,1 mds). Les  
personnes interrogées sur leurs intentions d’achat se sont dites  
préoccupées par la guerre commerciale en cours avec la Chine.  
Notons toutefois que les marchandises d’Halloween avaient été  
importées avant la dernière augmentation des droits de douane.  
1,40  
1,30  
1,20  
1,10  
1,00  
Halloween consiste, dans une certaine mesure, à jouer à se faire  
peur : des millions d’adultes envisagent de se déguiser en sorcière,  
en vampire, en pirate ou encore en zombie. Apparemment, beaucoup  
de gens aiment avoir peur : 22 % des personnes interrogées dans le  
cadre d’une enquête ont répondu qu’elles souhaiteraient visiter une  
maison hantée. Bien sûr, comme les enfants lors de la tournée  
d’Halloween, aux cris du traditionnel «des bonbons ou un sort!», ce  
n’est qu’un jeu et la peur ne dure pas longtemps. Il est tentant d’y voir  
une analogie entre Halloween et les négociations commerciales  
-
11 -9 -7 -5 -3 -1  
1
3
5
7
9
11  
Mois  
*Le graphique montre, pour chaque mois, le niveau moyen de confiance des ménages, divisé  
par le niveau moyen du creux cyclique de cette même confiance des ménages. Les creux  
correspondent à mai 1971, janvier 1975, mai 1980, octobre 1982, janvier 1987, février 1992,  
mars 2003 et février 2009.  
(
autrement dit brandir la menace pour obtenir quelque chose en  
Sources : Datastream, BNP Paribas  
retour), mais la grosse différence est qu’on ignore combien de temps  
le «jeu» de la négociation commerciale va durer.  
.
../…  
Revue des marchés  
Baromètre  
Scénario économique  
1
Social media influencing near-record Halloween spending, National Retail  
Federation, 25 septembre 2019. Enquête réalisée par Prosper Insights and  
Analytics.  
2
Ecoweek 19-40 // 31 octobre 2019  
economic-research.bnpparibas.com  
La possible persistance de la crainte et de l’incertitude soulève la  
question de savoir si, une fois que la poussière sera retombée, les  
choses vont rapidement revenir à la normale ou non. En d’autres  
termes : les chocs d’incertitude ont-ils des effets symétriques ou  
asymétriques?  
Intuitivement, on s’attendrait plutôt au deuxième cas de figure : les  
agents économiques sont hostiles au risque et souhaiteront  
probablement s’assurer que la visite de la maison hantée est bien  
terminée avant de se remettre à dépenser. C’est ce que montre le  
graphique qui présente les phases de baisses et de hausses  
cycliques de la confiance des ménages aux États-Unis. En effet, alors  
qu’en moyenne la confiance met environ six mois à reculer de 1,6 à  
1
, elle en met dix pour revenir à 1,6.  
La question de l’(a)symétrie a été analysée de manière plus  
2
rigoureuse par Paul Jones et Walter Enders . Ces auteurs ont  
concentré leurs travaux sur les chocs d’incertitude au cours de la  
dernière crise financière. Ils ont observé que les phases  
d’augmentation de l’incertitude ont un plus grand impact sur  
l’économie que les phases de baisse, et l’importance de cette  
différence dépend de l’environnement conjoncturel. Cela n’a rien  
d’étonnant : lorsque la croissance est forte, les agents économiques  
seront plus à même de faire face à l’augmentation de l’incertitude car,  
même en tenant compte des turbulences qui en découlent, la  
croissance devrait se maintenir à un niveau satisfaisant. Il en va  
autrement lorsque l’économie est déjà en phase de croissance molle  
au moment où survient le choc d’incertitude. En appliquant ces  
observations à l’environnement actuel, on peut penser que  
l’augmentation de l’incertitude entourant les droits de douane et le  
Brexit a eu un effet d’autant plus marqué sur l’économie que la  
croissance était déjà en train de ralentir. Le climat d’incertitude actuel  
n’a fait qu’aggraver les choses. Il va sans dire qu’une élimination  
claire, crédible et durable de l’incertitude est ce que l’on peut  
souhaiter de mieux. Mais même dans ce cas, en raison de la nature  
asymétrique des chocs d’incertitude, la reprise de la croissance ne  
pourra qu’être progressive.  
William De Vijlder  
2
The asymmetric effects of uncertainty on macroeconomic activity, Paul M.  
Jones and Walter Enders, Macroeconomic Dynamics, 20, 2016.  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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