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EcoEmerging// 3 trimestre 2019  
economic-research.bnpparibas.com  
Editorial  
Hausse des inquiétudes sur la croissance  
Les inquiétudes sur la croissance des pays avancés et des pays émergents remontent en raison des statistiques économiques et, plus  
important encore, d’une incertitude toujours très élevée. Cette dernière est liée à la confrontation entre les Etats-Unis et la Chine sur le  
dossier du commerce. C’est ce qui ressort des données chinoises tandis qu’aux Etats-Unis, les données empiriques se multiplient  
concernant l’impact négatif de cet affrontement sur l’activité et le secteur agricole. Prenant acte de ces évolutions, la Réserve fédérale  
américaine a indiqué que les taux allaient être abaissés, une information saluée par le marché actions. La BCE a également modifié son  
message : comme le risque est orienté à la baisse et que l’inflation stagne, un assouplissement plus prononcé lui semble désormais  
nécessaire.  
Nouveaux records  
Rendement des Treasuries vs ISM Manufacturier  
ISM Manufacturier (é.d.)  
▪▪ Rendement à 10 ans des Treasuries (é.g.)  
Alors que le S&P 500 atteignait de nouveaux sommets, les  
rendements des Treasuries reculaient, sous l’effet conjugué de la  
révision des perspectives concernant la trajectoire de la politique  
monétaire et des nouveaux replis de la prime de terme. D’après les  
calculs de la Réserve fédérale de New York, cette prime, que les  
investisseurs sont censés percevoir au titre du risque de duration, a  
atteint un plus bas record de -90 points de base au début du mois  
de juillet. Comme le montrent les graphiques, la baisse des  
rendements des obligations américaines a, et c’est assez  
compréhensible, reproduit la chute de l’Indice des directeurs d’achat  
3,5%  
3,0%  
2,5%  
2,0%  
1,5%  
64  
58  
52  
46  
(
ISM) pour le secteur manufacturier. La coïncidence entre un record  
de hausse pour le marché actions et un record de baisse de la  
prime de terme crée un certain inconfort : le repli des rendements  
obligataires reflète une inquiétude à l’égard des perspectives  
économiques, de sorte qu’on peut se demander combien de temps  
encore le marché actions sera épargné. Le recul des rendements  
américains s’est accompagné d’un repli considérable des  
rendements du Bund, en territoire négatif, ainsi que des rendements  
sur les autres marchés obligataires de la zone euro. Outre la  
corrélation transatlantique habituelle, la modification du message  
envoyé par la BCE, à l’occasion du discours de son président à  
Sintra fin juin, a joué un rôle décisif : il faut s’attendre à un nouvel  
assouplissement de la politique monétaire.  
2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020  
Sources : Institute for Supply Management, Refinitiv  
S&P 500 vs Rendement des Treasuries  
S&P 500 (é.g.)  
▪▪▪ Rendement à 10 ans des Treasuries (é.d.)  
3 000  
3
,2%  
,7%  
2
Des inquiétudes sur la croissance grandissantes  
2
2
500  
000  
Aux Etats-Unis, après le soulagement suscité par les données du  
premier trimestre, les préoccupations relatives à la croissance sont  
reparties à la hausse. Certes, le rythme des créations d’emplois  
reste, globalement, soutenu mais l’investissement marque le pas.  
Les signaux envoyés par le marché (inversion de certaines parties  
de la courbe de taux) ou les enquêtes auprès des entreprises, font  
craindre une récession. Les Etats-Unis ont beau être entrés dans  
2,2%  
1,7%  
1,2%  
2016  
Sources : Refinitiv  
2017  
2018  
2019  
2020  
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leur 121 mois d’expansion, l’heure n’est plus aux réjouissances.  
Dans la zone euro, le secteur manufacturier, en particulier en  
Allemagne, reste sous pression, tandis que les services continuent  
d’afficher une bonne tenue. En France, on note une certaine  
amélioration.  
Malgré les annonces de poursuite/relance des négociations, la  
demande extérieure restera un frein puissant à la croissance des  
pays émergents non seulement en Asie mais aussi en Amérique  
latine, en Afrique et au Moyen-Orient. D’ailleurs, les prix des métaux  
et du pétrole sont, en tendance, orientés à la baisse depuis,  
respectivement, la mi-2018 et le dernier trimestre 2018, et les prix  
des matières premières agricoles sont, en moyenne, toujours étals  
depuis la mi-2015. La convalescence difficile de nombre de pays  
producteurs de matières premières risque donc de se prolonger.  
Dans les pays émergents, le ralentissement de la croissance se  
poursuit et risque même de s’accentuer d’ici à la fin de l’année. La  
guerre des droits de douane entre les Etats-Unis et la Chine n’a fait  
qu’aggraver le retournement à la baisse des échanges  
commerciaux intra-asiatiques, initié courant 2018.  
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EcoEmerging// 3 trimestre 2019  
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La reconduction de l’accord OPEP+ témoigne de la situation  
compliquée des pays producteurs de pétrole.  
A l’exception des pays d’Europe centrale, il ne faut pas trop compter  
sur le soutien de la demande intérieure notamment chez les poids  
lourds (Chine, Inde, Brésil, Russie, Mexique, Turquie, Afrique du  
Sud, pays du GCC dans leur ensemble). D’une part, la politique  
monétaire y est, au mieux, très prudente. D’autre part, les marges  
de manœuvre budgétaires existent seulement en Chine, en Russie,  
en Turquie et dans les pays du GCC mais leur utilisation n’est pas  
sans conséquence, soit sur la dynamique de la dette (Arabie  
Saoudite), soit sur la stabilité financière (Turquie). Elles seront donc  
utilisées avec parcimonie.  
Point de bascule  
La question qui se pose pour les prochains mois est de savoir si on  
se dirige vers un point de bascule. Les fondamentaux (marché du  
travail, progression du revenu, croissance bénéficiaire des  
entreprises, taux d’intérêt) sont, dans l’ensemble, toujours  
satisfaisants, mais une période prolongée d’incertitude pourrait en  
limiter l’influence sur la croissance, ce qui pourrait à son tour peser  
sur la confiance et le comportement du marché et déclencher une  
boucle de rétroaction négative. La diminution de l’incertitude aurait  
manifestement pour effet de stimuler la confiance et de susciter un  
rebond de la croissance. Les négociateurs commerciaux devraient  
avoir cela à l’esprit lors de leur prochaine réunion.  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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