EcoWeek

La mauvaise inflation brouille les perspectives économiques

Eco week 21-35 // 4 octobre 2021  
economic-research.bnpparibas.com  
2
ÉDITORIAL  
LA MAUVAISE INFLATION BROUILLE LES PERSPECTIVES ÉCONOMIQUES  
Lorsque, en phase d’expansion de l’activité, l’inflation est tirée par la demande, on parle de bonne inflation. Mais il  
existe aussi une mauvaise inflation. Dans ce cas, la hausse des prix ne découle pas, par exemple, de l’augmentation  
des salaires consécutive à un marché du travail tendu. La mauvaise inflation est davantage le résultat de chocs  
d’offre. C’est, dans une certaine mesure, le cas actuellement dans la zone euro et dans d’autres économies du fait de  
la flambée récente des prix du pétrole et du gaz. La mauvaise inflation pèse sur le revenu disponible réel et, donc,  
sur les dépenses des ménages. L’impact devrait être plus important encore pour les plus bas revenus. En effet, ces  
ménages consacrent une part plus importante de leurs dépenses au chauffage et aux carburants. Ils affichent égale-  
ment un taux d’épargne plus faible.  
L’inflation tend à évoluer de façon procyclique. Une remontée de à mal les perspectives de croissance. À cet égard, l’aggravation de  
l’inflation en phase de reprise de la croissance est une bonne nouvelle, l’incertitude peut jouer un rôle, en raison, par exemple, du manque de  
du moins dans un premier temps. Elle montre que les mesures visibilité sur les perspectives de la politique monétaire.  
d’incitation – monétaires et/ou budgétaires – visant à relancer l’activité  
Une mauvaise inflation place les banques centrales face à un dilemme.  
et la demande ont porté leurs fruits, que la réapparition des goulets  
Ne rien faire au risque provoquer trop d’inflation ou resserrer leur  
d’étranglement sur le marché du travail crée des pressions à la hausse  
politique ce qui pourrait freiner la croissance Si la remontée de  
sur les salaires, que les entreprises, face à une demande vigoureuse,  
l’inflation est temporaire, une absence de réaction de leur part peut  
répercutent ces hausses de salaires sur leurs prix de vente, etc. Lorsque  
se justifier. Telle est la ligne adoptée par la BCE, comme l’a expliqué  
l’accélération des prix est tirée par la demande, l’inflation est donc une  
Christine Lagarde : «Notre nouvelle forward guidance sur les taux  
d’intérêt est bien adaptée à une gestion des risques liés à l’offre.  
bonne chose.  
Mais il existe aussi une mauvaise inflation. La hausse des prix ne Conformément à cette indication prospective, nous ne réagirons à une  
découle alors pas de l’augmentation des salaires due aux tensions sur amélioration de l’inflation globale que si nous sommes confiants dans  
le marché du travail ni d’un relèvement des prix par les entreprises, le fait qu’elle est durable et reflétée dans la dynamique de l’inflation  
2
face à la robustesse de la demande. La mauvaise inflation est sous-jacente» .  
davantage le résultat de chocs d’offre. C’est, dans une certaine mesure,  
2
Source : Monetary policy during an atypical recovery, Discours de Christine Lagarde,  
ce à quoi on assiste dans la zone euro et dans d’autres économies du  
fait de la flambée récente des prix du pétrole et du gaz, avec ses effets  
d’entraînement sur les prix de l’électricité. Même si cette situation est  
en partie due à une forte demande, les facteurs liés à l’offre jouent  
également un rôle et conduisent à une augmentation considérable des  
STAGFLATION  
120  
1
NOMBRE D’OCCURRENCES DU TERME 'STAGFLATION' (MOYENNE MOBILE  
SUR SEPT JOURS)  
prix .  
La mauvaise inflation pèse sur le revenu disponible réel des ménages  
100  
la hausse des prix n’ayant pas été précédée par une remontée  
des salaires – ainsi que sur les bénéfices des entreprises. Cela peut  
entraîner un ralentissement de la demande et déclencher une relation  
contracyclique entre l’inflation et la croissance. Elle est susceptible  
d’engendrer, in fine, une stagflation, situation dans laquelle la  
croissance est très faible et l’inflation trop élevée. Au vu du nombre  
d’occurrences de ce terme sur le site Bloomberg, les inquiétudes autour  
de la stagflation progressent depuis plusieurs années. Néanmoins, en  
dehors de pics de courte durée, elles sont restées faibles. Depuis peu,  
cependant, le nombre d’occurrences explose (graphique), traduisant la  
crainte que de fortes pressions sur les prix des intrants ne mettent  
8
6
4
0
0
0
20  
0
2
011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021  
1
Pour une analyse récente des facteurs à l’origine de la hausse des prix du gaz, voir Ta-  
gliapietra, S. et G. Zachmann (2021) ‘Is Europe’s gas and electricity price surge a one-off?’,  
SOURCES : BLOOMBERG, BNP PARIBAS  
Bruegel Blog, 13 septembre  
Le taux d’épargne des ménages à bas revenu étant nettement  
inférieur à celui du reste de la population, une forte augmentation  
des prix de l’énergie aura très probablement pour effet d’évincer  
les autres types de dépenses et de freiner la croissance du PIB.  
La banque  
d’un monde  
qui change  
Eco week 21-35 // 4 octobre 2021  
economic-research.bnpparibas.com  
3
Autre source d’incertitude découlant de l’envolée des prix du pétrole et  
3
du gaz : les répercussions sur les autres secteurs . Dans quelle mesure  
cela va-t-il peser sur l’investissement et les décisions de recrutement  
des entreprises? Cette flambée des prix de l’énergie a aussi une  
influence directe et potentiellement plus importante sur les dépenses  
des ménages, avec un impact différent selon le niveau de revenu. En  
France, en 2017, 6% des dépenses des ménages des deux déciles de  
revenus les plus modestes ont été consacrées au chauffage et 4% aux  
carburants. La moyenne pour les 20% les plus aisés était respectivement  
4
de 4,2% et 3,5% . Comme le taux d’épargne des ménages à bas revenu  
est nettement inférieur à celui du reste de la population, une forte  
augmentation des prix de l’énergie aura très probablement pour effet  
d’évincer les autres types de dépenses et de freiner la croissance du  
PIB.  
William De Vijlder  
Présidente de la BCE, au Forum de la BCE sur les banques centrales « Beyond the pandemic:  
the future of monetary policy », Francfort-sur-le-Main, 28 septembre 2021.  
3
« La montée en flèche des prix du gaz a entraîné la fermeture d’usines de fertilisants,  
principale source de CO au Royaume-Uni, utilisé pour la fabrication de boissons gazeuses,  
2
l’étourdissement des animaux de boucherie et pour le refroidissement des centrales nu-  
cléaires ». Source : CO crisis set to spread to Europe, big distributor warns, Financial Times,  
2
2
2 septembre 2021  
4
Source : Les dépenses des ménages en France en 2017, Insee.  
La banque  
d’un monde  
qui change  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
Ce site présente leurs analyses.
Le site contient 1614 articles et 292 vidéos